Nous découvrons de meilleures manières de développer du logiciel en le faisant et aidant d'autres à le faire.

Les 17 développeurs qui se sont réunis en 2001 à Salt Lake City n'étaient pas venu dans l'idée de créer une révolution organisationnelle planétaire.

La réunion de 2001 était la fin d'une décennie de travail pour nous tous, ce n'était pas le commencement de quelque chose ou la fin de quelque chose, c'était le milieu de quelque chose. … C'est la fin de l'histoire , pas le commencement de l'histoire.

Ils étaient surtout venus échanger à propos de technique . Il se trouve que beaucoup d'entre eux connaissaient le langage Smalltalk (premier langage objet) et avaient donc une longue expérience de l'approche objet qui poussait une nouvelle façon de réaliser les programmes.

Nous faisions des programmes, avançant par cycles ou quelque chose comme ça… sans même savoir comment le faire… mais nous avons senti que c'était très important… utilisant notre connaissance respective et la mettant ensemble d'une manière qui était constructive plutôt que contestataire.

Ils ont cherché un mot pour qualifier leur façon de développer , ils ont longtemps utilisés le terme "Léger" mais celui-ci portait une mauvaise image. Ils ont cherché autre chose, proposé d'autres mots, une quinzaine, qu'ils ont soumis à un vote. Finalement le terme "Agile" est sorti, sans faire l'unanimité d'ailleurs.

Lié au développement de l'approche objet, les années 90 voyaient apparaître la notion de "pattern" - terme difficile à traduire en un seul mot. Les "pattern" sont des habitudes de comportement (en programmation ou autre) que l'on peut isoler et identifier comme conduisant de façon régulière à un même type de résultat.
L'idée de trouver des "pattern" pour qualifier leur travail est donc venu naturellement dans la continuité des centres d'intérêt du moment.

Le Web était en ébullition en 2000 mais moins banalisé qu'aujourd'hui. Il était assez naturel pour des développeurs de publier les idées sur la toile. Ils l'ont fait sans soigner particulièrement la présentation, en html 2.0, technique qui datait déjà de quelques années.
Ils ont eu l'idée de permettre au visiteurs de signer le manifeste, ce qui a sans doute eu un impact particulier en faisant passer ce dernier de la consultation au ralliement.

Ce que nous décrivions était ce que tant de personnes faisaient ou voulaient faire de toute façon. Alors ils sont venus sur le site Web et ont signé de leur nom , il y a eu des centaines de personnes qui sont venues et se sont inscrites. Ce n'est pas que nous avons poussé quiconque, beaucoup de personnes l'attendaient, au moment où c'est apparu elles ont dit : oui ! c'est ça que je voulais voir arriver.

Voilà beaucoup d'élément qui entrent en résonance et contribuent à l’essor de l'idée Agile. Mais cela reste insuffisant cependant. Il existe des milliers de communautés dans lesquelles quelques milliers de gens partagent des affinités et échanges des pratiques. Cela ne suffit pas à révolutionner l'industrie ou la société.

Un ingrédient supplémentaire est venu s'ajouter au mouvement, la rencontre avec un autre besoin.

Les recommandations techniques des 17 amenaient certainement des changements culturels, mais ils n'en mesuraient pas totalement l'importance. Pourtant, centrer le travail sur le logiciel fait passer le processus documentaire au second plan. C'est juste l'inverse de l'approche projet traditionnel.
En 2000 l'armée américaine avait sorti une étude dans laquelle elle concluait, sur un échantillon de 35 milliards de dollars de projets réalisés, que 75% de l'argent avaient été alloué en totale perte.
L'industrie du logiciel américaine était en recherche de nouveaux modèles. L'Agile Manifesto tombait bien.

Alors que les créateurs étaient conduits par les forces technologiques et publiaient donc le Manifeste Agile principalement dans cette perspective, l'industrie était captée par le message culturel donné par le Manifeste. Il semblait apporter une réponse aux questions qu'elle se posait au même moment quand à l'efficacité des projets.

Convergence d'idées et de besoin. Mais il manquait encore un point d'accroche, un endroit de rencontre. Et c'est l'Agile Alliance qui l'a apporté.
 

En 2002… nous pensions : toutes ces personnes veulent pousser le Manifeste Agile, elles veulent nous rejoindre… rejoindre qui ? Il n'y a rien à rejoindre. Et j'ai dit : pourquoi est-ce que nous ne commencerions pas quelque chose ? nous pourrions l'appeler Agile Alliance ou quelque chose comme ça, et ce sera quelque chose que les gens pourront rejoindre et à laquelle ils auront la sensation d'appartenir…

10 ans après, 35% des entreprises américaines désignent l'Agilité pour caractériser le processus projet qu'elles utilisent [Forester 2009].

La contingence est un processus de génération dans les systèmes complexes. Il n'y a pas "une" volonté qui conduit à la naissance d'un système. Il y beaucoup d'éléments, beaucoup de rencontres, de relations et d'opportunités. Il y des stimuli et des réponses, chacune pouvant déclencher d'autres stimuli et d'autres réponses.

Beaucoup d'amorces de systèmes ne se développent pas ou meurent.

Mais parfois, il apparait quelque chose qui se développe et s'étend: une chose qui est et qui aurait pu tout aussi bien ne pas être. ...